Les avionneurs voient vert

C’était une première : pour sa 49e édition, le salon aéronautique du Bourget proposait un espace dédié aux carburants alternatifs. Modeste (seuls 15 des 2 100 exposants y ont pris part), ce « salon dans le salon » n’en a pas moins fait parler de lui. 

L’utilisation de carburants alternatifs – et plus particulièrement d’agrocarburants – pour remplacer le kérozène n’est déjà plus une nouveauté : en 2007, la compagnie Virgin Atlantic de l’inépuisable Richard Branson essayait avec succès un mélange à base d’huile de palme. Deux ans plus tard, Continental Airlines et Japan Airlines employaient à leur tour un carburant fabriqué à partir d’algues.

D’ici peu, cette ruée vers l’or vert pourrait bien prendre de l’ampleur : les avionneurs Boeing et Airbus ont en effet annoncé travailler activement à l’industrialisation de cette nouvelle génération de carburant. Joignant l’acte à la parole, Airbus a même fait voler un Diamond DA42 exclusivement alimenté par un agrocarburant issu de culture d’algues.

L’initiative ne fait pas que des heureux. L’association Les Amis de la terre estime ainsi que « les agrocarburants risquent de détruire les climats au lieu de les sauver » et pointe tout particulièrement du doigt l’utilisation de l’huile de palme dont « la production est intimement liée à la destruction des forêts tropicales. »

On le voit : le contexte est tendu. Les avionneurs ont donc tenu à rappeler que leurs travaux portaient sur la transformation des algues ou des parties non comestibles des plantes en carburant, espérant ainsi temporiser la plus tenace des controverses : produits sur des terres arables, les agrocarburants auraient un impact non négligeable sur la flambée des prix alimentaires.

De son côté Axens, filiale IFP Energies nouvelles, a souligné qu’elle s’intéressait tout particulièrement aux agrocarburants produits à partir de la lignocellulose présente, notamment, dans le bois, la paille, le foin ou les déchets forestiers. Une piste qui paraît prometteuse.

EADS : Un ZEHST de folie

Le pari n’est pas audacieux : il est surréaliste. Et pourtant, avec la complicité du Japon, EADS a lancé une étude de faisabilité afin de développer un avion supersonique capable de rallier Paris à Tokyo en… 2 h 30 seulement. Décollage prévu en 2050.

Avec une vitesse de pointe de 4 800 km/h, le ZEHST (Zero Emission High Speed Transport) n’est plus tout à fait un avion et pas encore une fusée, mais à l’évidence un engin d’autant plus déconcertant qu’il ne produira ni bruit (ou presque), ni pollution.

EADS a en effet doté son ZEHST de trois moteurs complémentaires, tous déjà disponibles sur le marché. Le décollage et l’atterrissage seront assurés par un turbojet proche de ceux actuellement embarqués dans les avions. Signe distinctif : il sera alimenté par des agrocarburants de 3e génération développés à partir de la culture d’algues.

Lors de la montée en altitude (au-delà de 20 000 mètres), des moteurs similaires à ceux du lanceur d’Ariane fonctionnant avec de l’hydrogène prendront le relais. Enfin, les moteurs Ramjets qui équipent actuellement les missiles de croisière accompagneront le passage à la très grande vitesse de croisière (mach 4 !) et à la très haute altitude (32 000 mètres !).

Si EADS parvient à rassembler les budgets (pour l’heure non communiqués) nécessaires à la concrétisation de ce très beau projet, les premiers vols d’essai pourraient débuter entre 2020 et 2030.

Crédits : EADS

« The Future by Airbus »

Grand, beau, intelligent, le prochain Airbus n’a pas fini de nous faire rêver. Le problème ? Il faudra patienter jusqu’à 2050 pour embarquer dans ce vertige de transparences.

Dévoilé à Londres une semaine avant l’ouverture du salon du Bourget, le concept plane d’Airbus multiplie les audaces. La plus évidente reste, à l’avant, sa déconcertante coque transparente, garante d’une vision panoramique sans précédent. « Calquée sur l’ossature d’un oiseau », la cabine rompt avec l’organisation traditionnelle des espaces et propose différentes zones dédiées à la détente ou au travail. Jusqu’ici tout va bien.

Puis Airbus bascule (et nous avec) dans une nouvelle dimension, conçoit une cabine intelligente qui repère les besoins des voyageurs et y répond spontanément. Les matériaux utilisés seront autonettoyants et se régénèreront « naturellement » si nécessaire.

L’avionneur, qui joue la carte écologique, prévoit également d’alimenter l’éclairage et certains dispositifs électriques de la cabine grâce à l’énergie corporelle dégagée par les passagers et récupérée via les sièges.

Mais, qu’on se le dise, les innovations présentées ici ne sont que quelques-unes des solutions à couper le souffle que proposera l’avionneur dès 2050, voire 2030. Plusieurs d’entre elles utiliseront des matériaux qui n’existent pas encore, des technologies qui restent à inventer, des process à imaginer. Pour les équipes à pied d’œuvre sur ce projet, 2050 risque d’arriver bien vite !

Crédits photos : AIRBUS S.A.S.