Portrait de la France en 2040

Anticiper l’état de la France en 2040 n’est pas une sinécure : pour preuve, pas moins de 500 experts ont été sollicités par la DATAR* dès 2009 afin de brosser un portrait parfois surprenant de notre pays dans les trente à quarante prochaines années. Synthétisés en 10 grandes cartes, ces résultats sont présentés au grand public jusqu’au 31 mai.

L’approche se veut pour le moins exhaustive. Ce travail envisage en effet la croissance des villes, l’évolution démographique, la répartition des espaces industriels ou les mutations climatiques, mais aussi les nouveaux choix résidentiels des ménages (plus nécessairement liés à la localisation de l’emploi) et la nature comme nouveau partenaire des politiques d’aménagement.

Si chaque thématique propose quatre à sept scénarios possibles, la carte du changement climatique n’en envisage qu’un, précisément établi. Entre autres conséquences, la DATAR prévoit la réorganisation de la production agricole (avec des zones viticoles plus au nord du pays et des productions de blé accrues), mais aussi la nécessité de repenser nos modes de vie et d’habitant dans les villes. L’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments ou la végétalisation des toitures et des façades sont quelques-unes des pistes de réflexion proposées pour faire efficacement face à la hausse attendue des températures.

* Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale.

Infos pratiques :

L’exposition est présentée jusqu’au 31 mai 2012 au Conseil économique, social et environnemental, 9 Place d’Iéna, 75016 Paris (Métro : Iéna)

Publicités

Jardins de l’Arche : joliment décalés

Farshid Moussavi ne fait pas partie des « femmes qui comptent » pour rien : la talentueuse architecte a remporté cette semaine le concours des Jardins de l’Arche grâce à un projet qui se joue habilement du décalage.

Haut de onze étages, ce bâtiment accueillera en plein coeur de Nanterre de nombreux commerces, une résidence étudiante et des logements en accession. Sa structure horizontale et épurée ne devrait pas passer inaperçue : le cabinet de Farshid Moussavi a en effet eu l’étonnante (et bonne !) idée de légèrement décaler les plans des étages, permettant ainsi à chaque logement de recevoir une loggia et un balcon partiellement couvert. Très fine, la forme du bâtiment autorise par ailleurs de nombreux appartements traversants, tous baignés de lumière.

Le premier coup de pioche est prévu dès 2012.

© Les Nouveaux constructeurs / FMA.

Bangkok sauvée des eaux ?

Une nouvelle étude de l’OCDE est sans appel : la capitale de la Thaïlande aura les pieds dans la mer d’ici vingt ans et devrait même avoir disparu dès 2100. A moins que…

Construite voilà 300 ans sur des sols marécageux, Bangkok s’enfonce chaque année de un à deux centimètres. Selon les calculs d’experts mandatés par l’ONU, la ville devrait être totalement enlisée d’ici 2050 seulement.

Pour contrer cette disparition annoncée, le cabinet d’architectes thaïlandais S + PBA a conçu « Wetropolis« . En plus d’un élégant réseau de logements reliés entre eux par des passerelles, ce projet prévoit l’utilisation des mangroves indigènes pour filtrer l’eau du sol et fournir au biotope suffisamment d’oxygène pour éviter l’enlisement.

Actuellement, dix millions d’habitants vivent dans cette mégapole en sursis.

© S + PBA

Paris, Ville Lumière, mais pas bling-bling

Le projet du cabinet Immorose Prestige a de quoi faire frémir. En quelques maquettes convaincantes, il revisite l’île de la Cité transformant l’Hôtel-Dieu en résidence de luxe, le palais de Justice en business-center et la préfecture de Police en un palace improbable. Bref, il fait du berceau de Paris un havre prochainement réservé à quelques happy few très fortunés.

Une conférence de presse plus tard, ce projet apparaît pour ce qu’il est : un canular mené de main de maître par le collectif artistique H5. Son objectif ? Rendre visible « le délitement d’une société dans laquelle tout est susceptible d’être acheté ou vendu », mais aussi « interroger les citoyens sur les dangers qui menacent notre patrimoine, architectural ou social », estime la mairie du IVe arrondissement de Paris qui soutient activement cette initiative.

La ville en ses jardins

Oui, nos villes abritent des forêts, des prairies, des friches et des rives. Qui en douterait peut se rendre avec bonheur à la Cité de l’architecture et du patrimoine découvrir (et se perdre dans) les sinueux sentiers d’une foisonnante exposition.

Véritable immersion dans un monde végétal, « La Ville fertile » montre comment à New York, Beyrouth, Paris, Munich, la nature se fait urbaine, s’adapte… en vert et contre tout.

Un parcours à suivre jusqu’au 24 juillet 2011.

Plein « Phare » sur La Défense

On ne reste décidément plus longtemps au sommet : inaugurée en mai dernier dans le quartier de La Défense, la tour First sera bientôt (avec ses 230 mètres) la deuxième plus haute de France. Et la deuxième seulement.

L’Etablissement public d’aménagement de la Défense Seine-Arche vient en effet d’approuver la promesse de vente pour la construction de la tour Phare. D’une hauteur de 300 mètres, ce gratte-ciel de 69 niveaux de bureaux sera inauguré en 2016.

Et comme une tour chasse l’autre, Phare devrait rapidement être détrônée par les deux tours jumelles imaginées par le promoteur Hermitage et dont la hauteur est estimée à 323 mètres. Seule inconnue (de taille !) au tableau : le financement. Le promoteur peine en effet à trouver les deux milliards nécessaires à la concrétisation de ce vertigineux projet.

Crédit photo : DR

Quel avenir pour les villes du monde ?

Quelques chiffres permettent de cerner l’ampleur des enjeux qui nous attendent : si les évolutions actuelles se prolongent, on comptera en 2025 40 « villes » de 10 à 40 (!) millions d’habitants dans le monde (dont 35 dans les pays du Sud et émergents) ; et un 1,5 milliard d’êtres humains vivront dans des bidonvilles, soit 500 millions de plus qu’actuellement.

Inutile de se bercer d’illusions : d’une telle concentration humaine découlent nécessairement des problèmes sociaux, écologiques et urbanistiques graves. Dans son récent rapport Villes du futur, futur des villes, quel avenir pour les villes du monde ?, le sénateur Jean-Pierre Sueur revient sur les 15 défis qui se posent aujourd’hui pour les grandes villes.

« Pour l’amour des villes », dit-il dans son avant-propos, il aborde les enjeux économiques, culturels, sociaux, numériques, démocratiques –  la liste n’est pas exhaustive – qui les attendent. Mais surtout, Jean-Pierre Sueur veut montrer « que si elles sont confrontées à de redoutables problèmes, les villes du monde sont aussi riches d’atouts, de solutions, d’innovations, de considérables forces de création. Leur avenir n’est donc pas écrit. »

Le document propose donc 25 « pistes pour l’avenir », 25 solutions concrètes, souvent de bon sens, pour accompagner ce développement annoncé : il préconise ainsi le développement des modes de transports collectifs modernes (tramways, métros) ; il insiste sur les bienfaits de  la mixité sociale et rappelle qu’il est nécessaire de promouvoir, au-delà de cette mondialisation, la diversité urbaine, architecturale et, plus globalement, culturelle des villes du monde.

Le rapport souhaite par ailleurs que « l’ONU se dote, au-delà de ce qu’est aujourd’hui UN-Habitat, d’une agence opérationnelle dédiée aux villes et aux problèmes urbains dotée de moyens conséquents ». Enfin, il rappelle  que « la politique du long terme est la seule pertinente en ce domaine ». Paris ne s’est pas fait en un jour…